Les Rosiers
Voyage dans la cité
Photos de Philippe Piron et texte de Nicolas de Barabarin
Si vous découvrez l’ensemble immobilier des Rosiers pour la première fois en arrivant par l’Ouest, comme le préconise le rosiérophile Nicolas Mémain, vous serez sans doute saisi par la force plastique de cette muraille jaune de 12 étages, aux énigmatiques contreforts de hauteurs variables percés d’ouvertures sans menuiserie.
Ensuite la voie d’accès longe les bâtiments sud, des petits plots de 3 niveaux à redents qui articulent finement la masse imposante des grandes barres avec le tissu urbain pavillonnaire de la périphérie. en entrant dans le coeur de la composition nous comprenons toutes l’originalité du dispositif imaginé ici par l’architecte : ce ne sont pas des immeubles de 12 étages mais la superposition d’ensemble de 3 ou 4 niveaux desservis par un réseau d’escaliers, d’ascenseur et de larges coursives où donnent des celliers : les plateformes.
Cet ensemble urbain mis en oeuvre avec le 1% patronal pour le personnel de la réparation navale, de la société des eaux, de l’huilerie Unipol et de la RATVM témoigne d’une recherche et d’une inventivité sur la question du logement et du vivre ensemble assez éloigné de la standardisation commerciale actuelle.
Sous un aspect de prime abord austère, il fait oeuvre aussi d’une indéniable générosité : quel promoteur aujourd’hui consacrerait la moitié d’un étage sur quatre à des espaces de circulation aussi généreusement dimensionnés que les plateformes ?
En 1957, en Suisse, Max Miedinger inventait la typographie « Helvetica », dont la neutralité implacable et l’élégance intemporelle n’ont d’égale que son omniprésence mondiale.
La même année, à Marseille, l’architecte Jean Rozan achevait la construction de la résidence des Rosiers. Bien sûr cette copropriété a perdu de son lustre après les déboires du tissu industriel des années 70. Mais, comme pour l’Helvetica, nous pourrions dire que derrière son apparente austérité se cache une recherche fine sur la question du vivre ensemble.
Née sur un coteau horticole, avec vue sur Marseille, entre les ruisseaux de Sainte Marthe et de Plombières, la résidence des Rosiers fête donc cette année ses 50 ans en arborant fièrement le label Patrimoine Architectural du XXe siècle qui lui à été décernée. Un plan de Sauvegarde du grand Projet de Ville est en cours de réalisation. Ses habitants aidés de quelques passionnés organisent les 23 et 24 novembre prochain deux journées architecture et environnement pour fêter cet anniversaire.
À cette occasion, le CAUE 13 éditera une Fich’affiche patrimoine XXe siècle. Le texte, écrit par Thierry Durousseau, situe cette opération dans l’histoire mondiale du logement social aussi bien que dans l’histoire locale. il sera accompagné de document d’archives et d’illustrations plus contemporaines. Ne doutons pas que ce document favorisera la compréhension d’un passé architectural dont la relecture est souvent plus riche que les présupposés.
Nicolas de Barbarin
texte publié dans la revue ’caue13.com’








